Ce matin, c’est encore la grève et je retourne au bureau. En sortant dans la rue et en allant vers le métro, je prends conscience que mon congé est fini, que la liberté d’avoir du temps pour soi s’achève. Je marche, pour éviter le premier changement, et là j’attends un bon moment le métro, et là c’est la joie d’être compressé selon le nez collé à la vitre, le dos écrasé contre la barre des sièges des strapontins, le fil de l’Ipod arraché, le risque de ne pas remonter après être descendu à une station. Oublier où on est, ne pas penser que quelques jours avant à la même heure, je regardais le ciel bleu dehors, les oiseaux qui se posent sur les bambous devant l’appart, le soleil, l’espace…Les stations défilent lentement, le terminus arrive, sortir, continuer à pieds, retrouver la rue, sortir, ma carte qui apparemment fonctionne, la porte s’ouvre. Devant les ascenseurs, pour ne pas perdre une miette de l’actualité, il y a les télés, chaînes éco, pas celle des voyages, ni le téléachat…Je me trompe d’étage, eh oui ce sont les informations les plus anciennes qui restent, bref, je finis par retrouver mon bureau, après 1H30 de trajet. Super…Plein de nouveaux dans l’équipe, je ne retiens pas grand-chose. Tous auront les mêmes questions, « c’était bien ? », « pas trop dur de revenir ? » « pas de regret de l’avoir fait »,« bon courage alors » et moi les mêmes réponses « oui c’était très bien et c’est déjà fini malheureusement », « si c’est dur, surtout par temps de grève », « si de ne pas l’avoir fait plus tôt », « merci, je pense que les prochains jours seront difficiles ». Rien n’a vraiment changé, si un peu, j’ai oublié pas mal de choses, surtout les plus récentes ! Mais très vite, j’ai le sentiment que ça n’a pas été la révolution, en même temps 11 mois c’est pas très long…J’ai l’impression d’entendre la suite d’histoires qui auraient juste été interrompues. Par exemple, le mois de novembre est le début des revendications en terme de salaires, le bouquet final étant prévu pour en général, ça change rarement pour le 20 décembre…Heureusement, je n’ai pas la même place, j’ai mes souvenirs chez moi, les photos sur mon ordi, sinon parfois je pourrais me dire, je me suis réveillée d’un rêve, et il ne sait rien passé. Ouf ! En fait, ce n’est pas un rêve, ça s’est vraiment passé. J’espère ne pas perdre le bénéfice de cette expérience tout de suite, j’espère la garder le plus possible, que les horizons que je me suis ouvert ne vont pas se refermer tout de suite, que je vais pouvoir continuer de les explorer encore…Certains me demandent de raconter, mais finalement très peu, et de toutes façon ça tombe bien, car comment résumer cette période en deux trois mots, dans un couloir, près de la machine à café ? On ne peut pas et puis faut être sur la même longueur d’onde et je me rends compte que au final c’est pas leur truc. Tant mieux, il en faut pour tous les goûts. Ce que je vais faire maintenant, dans un premier temps, me renflouer, profiter de la culture, de tout ce que je n’avais pas, de me réhabituer à la vie parisienne, de vivre différemment quand même. Essayer de faire abstraction de toute cette pollution sonore perpétuelle et de tout le reste.
Allez, j’veux du soleil, merci de votre immense attention !